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Ibn Taymiyyah sur le raisonnement de l'athée

Traduction : La louange est à Allāh, Seigneur des mondes, et que la prière et le salut soient sur le Messager d'Allāh. Ceci dit :
Introduction et contexte
On prétend souvent que, puisque l'athée ne croit pas en un Créateur, la charge de la preuve incombe à celui qui croit en un Créateur, qui doit fournir les preuves, tandis que l'athée n'aurait à apporter aucune preuve, puisqu'on ne peut pas prouver une négation. Il y a beaucoup de tours de passe-passe dans ce genre de débats, et beaucoup de gens s'y laissent malheureusement prendre (y compris bon nombre d'apologistes musulmans). Se soumettant à ce que prétendent les athées, ils se mettent sur la défensive et avancent des arguments faibles, abstraits et défectueux. Un exemple classique est l'argument auquel on vient de faire allusion : l'athée ne serait pas tenu d'apporter une preuve, puisqu'il ne prétend pas qu'un créateur existe.
Cependant, la réalité de la situation n'est pas du tout ainsi, et c'est là que se trouve l'origine de l'erreur, lorsque les gens ne voient pas la situation telle qu'elle est. Cela, à son tour, influe sur le cours de la discussion. Voici ce qu'il en est : nous avons affaire à une « vérité évidente (bayyinah) » face à une « conjecture (dhann) ». N'oubliez jamais cela. Dans un débat avec un athée, c'est cela qui se joue.
Développons donc ce point : c'est une vérité évidente (bayyinah) que toute chose qui présente toutes les caractéristiques et les marques d'un ouvrage, d'un savoir-faire, d'un agencement ingénieux et d'une conception a été conçue et faite intentionnellement (dans le but ou la sagesse quelle qu'elle soit qu'elle manifeste). C'est en réalité une vérité évidente qui n'a pas besoin de preuve. C'est ce que nous appelons une bayyinah. Remarquez les tentatives désespérées d'athées comme Richard Dawkins pour combattre cette vérité évidente (voir ici). Ce raisonnement, le plus simple et le plus élémentaire qui soit, est enraciné dans la disposition innée (fitrah) en tant que vérité axiomatique ; reportez-vous à cet article sur le fait que les humains sont prédisposés à croire en la création et sur l'impossibilité d'éviter le langage téléologique (qui suppose une conception dans l'univers). Ce point est attesté par la totalité de l'activité industrielle, scientifique et technologique de l'humanité. Il est donc parfaitement naturel, raisonnable, rationnel et totalement justifié d'affirmer un créateur pour cet univers : c'est la position axiomatique par défaut, et sa preuve est innée, évidente et validée par la somme de l'activité humaine et des sciences d'investigation qui étudient la vie et l'univers, lesquelles doivent tenir pour acquis que l'univers est conçu (sinon il n'y a ni étude, ni analyse, ni progrès scientifique, industriel ou technologique). C'est pourquoi des individus comme Richard Dawkins se livrent à une gymnastique et à des acrobaties verbales pour tenter d'échapper à cette rationalité (voir une illustration ici) : parce qu'ils sont intimidés par sa force imposante. Voyez un exemple de déclaration de Dawkins dans The God Delusion (p. 212) :

Traduction : « Les êtres vivants ne sont pas conçus, mais la sélection naturelle darwinienne autorise à leur égard une version de la posture de conception. Nous obtenons un raccourci pour comprendre le cœur si nous supposons qu'il a été "conçu" pour pomper le sang. Karl von Frisch a été amené à étudier »
On obtient des « raccourcis » vers la compréhension (scientifique) en supposant que les choses sont « conçues ». Oui, Dawkins, la somme de toute l'activité scientifique, technologique et industrielle doit supposer une conception, parce qu'il y a réellement une conception ! Et Michael Shermer écrit dans Why Darwin Matters (p. 65) :

Traduction : « L'inférence de la conception vient naturellement. La raison pour laquelle les gens pensent qu'un Concepteur a créé le monde est qu'il paraît conçu. Je pense que nous devrions cesser de marcher sur la pointe des pieds autour de cette inférence et admettre que la vie paraît conçue parce qu'elle l'a été : de bas en haut, par l'évolution. La raison pour laquelle la conception nous paraît artificielle est que l'évo- »
Remplacer le savoir, la volonté, la puissance, le but et la sagesse (en tant que conditions requises pour une conception) par des forces aveugles, aléatoires et non dirigées est une nécessité imposée par l'adhésion préalable au matérialisme.
Et Jerry Coyne écrit dans Why Evolution is True (p. 1) :

Traduction : « S'il y a une chose vraie à propos de la nature, c'est que les plantes et les animaux semblent conçus de manière complexe et presque parfaite pour vivre leur vie. Les calmars et les poissons plats changent de couleur et de motif pour se fondre dans leur environnement, devenant invisibles au prédateur et à la proie. Les chauves-souris ont un radar pour repérer les insectes la nuit. Les colibris, qui peuvent faire du surplace et changer de position en un instant, sont bien plus agiles que n'importe quel hélicoptère humain, et ont de longues langues pour aspirer le nectar situé au fond des fleurs. Et les fleurs qu'ils visitent semblent elles aussi conçues — pour se servir des colibris comme auxiliaires sexuels. Car pendant que le colibri est occupé à aspirer le nectar, la fleur attache du pollen à son bec, lui permettant de féconder la prochaine fleur que l'oiseau visite. La nature ressemble à une machine bien huilée, chaque espèce étant un rouage ou un engrenage complexe. »
L'article sur le fait que les humains sont prédisposés à croire en la création et en un créateur (voir ici) est utile à ce stade : il indique que la croyance en un créateur est rationnelle, légitime et justifiée.
Quant à l'athée, lorsqu'il nie qu'il y ait un créateur, il s'éloigne de ce qui est évident (des signes clairs de conception indiquent les attributs de savoir, de volonté et de puissance, ainsi qu'un agent qui les possède), et il doit donc expliquer l'origine de l'univers et de la vie par la seule alternative (des systèmes complexes et finalisés de causes et d'effets viennent à exister en l'absence totale de savoir, de volonté et de puissance, et par des processus aléatoires et non dirigés, et la « conception » et la « finalité » ne seraient pas réelles mais seulement apparentes et illusoires). Le vrai problème ici n'est donc pas qu'une personne avance une affirmation tandis que l'autre (l'athée), étant sceptique, n'avancerait aucune affirmation propre mais se contenterait de remettre en question celle qui est avancée. Au contraire, la situation réelle est que les deux parties avancent nécessairement une affirmation, et cette affirmation porte sur l'origine de l'univers, de la vie, ainsi que sur la régularité et le caractère réglé par des lois de la vie comme de l'univers. Le monothéiste musulman détient donc la vérité évidente par défaut : il y a un créateur savant, puissant, habile et doté de volonté. Cela est connu par l'intuition innée (voir l'article), la perception sensorielle, la raison et aussi la révélation — ainsi que par la totalité de l'activité humaine dans les domaines industriel et technologique. L'univers et la vie sont rationnellement intelligibles et peuvent être étudiés, ce qui indique qu'ils sont conçus, et c'est là un présupposé implicite sur lequel repose toute activité scientifique. Personne ne peut éviter le langage téléologique dans l'étude et la description de l'univers. C'est de l'arrogance pure que de le nier. Quant à l'athée, son affirmation est que l'univers et la vie sont apparus par rien (c'est-à-dire sans agent, sans créateur possédant savoir, puissance et volonté). C'est aussi une affirmation qui a besoin de preuve : que la matière se crée elle-même et s'organise intelligemment sans agent extérieur. Voilà l'affirmation à laquelle l'athée se résigne en niant un créateur : que des systèmes de causes et d'effets intelligents, complexes, finalisés et fonctionnant en harmonie apparaissent en l'absence totale de savoir, d'intention, de volonté et de sagesse, et de l'agent qui possède ces qualités — c'est une affirmation et une assertion. L'athée ne doit donc pas être autorisé à se cacher derrière l'argument : « Puisque je ne crois pas en un Dieu, je n'ai pas à prouver une négation », car ce n'est pas la question et ce n'est pas toute la vérité. L'athée doit plutôt prouver, par la science empirique, par la méthode scientifique, que quelque chose d'intelligent, de rationnel, de complexe et orienté vers un but provient de rien et par rien. On ne peut pas simplement supposer cela vrai (ce qui est supposé dans le naturalisme, le matérialisme). Voilà l'affirmation par défaut de l'athée. L'athée ne doit pas être autorisé à utiliser la diversion : « Puisque ce n'est pas moi qui affirme, je ne suis pas tenu d'apporter de preuve », car c'est manifestement faux.
Nous pouvons aussi le formuler autrement. Toutes les parties s'accordent en fait sur l'existence d'une force et d'une puissance créatrices à l'œuvre. La divergence porte sur la question de savoir à qui ou à quoi cette force et cette puissance créatrices sont attribuées. À un créateur tout-puissant et habile ? Ou à rien ? Ou à la matière elle-même (auto-création) ? C'est là le naturalisme, le matérialisme. Il est donc inévitable que les deux parties aient une affirmation, et que les deux parties affirment quelque chose de positif : un agent savant, capable, doté de volonté et agissant avec finalité crée ; ou bien rien ne crée (donc sans savoir, sans puissance ni volonté) ; ou bien la matière (qui n'a ni savoir, ni finalité, ni volonté) se crée elle-même. Ce sont toutes des affirmations positives qui exigent des preuves. La première est évidente, elle n'exige pas de preuve. Mais les autres sont ce que l'athée doit prouver, puisqu'il a abandonné ce qui est évident pour la raison et s'est tourné vers ce qui est plus improbable pour la raison. Et nécessairement, la seule chose que l'athée puisse apporter, c'est la conjecture. La perception sensorielle et la raison imposent que ce qui « paraît » conçu et finalisé aux yeux de Richard Dawkins, ou ce qui est « réellement » conçu et finalisé aux yeux des gens honnêtes, véridiques et non abusés, requiert nécessairement un concepteur et un fabricant possédant les attributs de savoir, de puissance, de volonté et de sagesse (voir cet article pour une illustration de ce point).
Cela nous amène alors à leurs sciences concernant l'origine de l'univers (la cosmologie) et l'origine de la vie, qui sont des conjectures, bâties sur des présupposés cachés et souvent non déclarés — lesquels ne font tous pas le poids face à une vérité évidente et au raisonnement humain le plus simple et le plus élémentaire, comme on l'a vu. Très à propos est la parole d'Allaah, l'Exalté (فَلَمَّا جَاءتْهُمْ رُسُلُهُم بِالْبَيِّنَاتِ فَرِحُوا بِمَا عِندَهُم مِّنَ الْعِلْمِ), « Et lorsque leurs messagers leur apportèrent des preuves évidentes, ils exultèrent du savoir qu'ils possédaient » (40:83).
Le but de cet article n'est pas de discuter de la conjecture et de l'errance sans but de leurs sciences en ce qui concerne les origines de l'univers et de la vie ; cela pourra être discuté plus en détail dans d'autres articles. Mais, simplement pour faire valoir le point et ne pas le laisser en suspens, nous pouvons dire brièvement que le « modèle » le plus couramment proposé (il n'est pas classé comme une « théorie scientifique » — faites-y attention) pour l'origine de l'univers est le modèle « Lambda-matière noire froide » du Big Bang, et c'est l'un des nombreux modèles (concurrents) proposés. Ce sont tous des modèles controversés, fondés sur des idées de gravité et d'expansion (il existe d'autres modèles concurrents qui ne reposent pas sur la gravité et l'expansion), et ils constituent ce qu'on appelle le « modèle standard ». Ces modèles reposent sur des présupposés et des conjectures, et des centaines de scientifiques crédibles rejettent en réalité le « modèle standard ». James Peebles (Albert Einstein Professor of Science, Emeritus ; Professor of Physics, Emeritus — voir ici) déclare : « Il est sensé et prudent que les gens continuent de réfléchir à des alternatives au modèle standard [le Big Bang], car les preuves ne sont pas si abondantes ». Principles of Physical Cosmology, Peebles, P.J.E., Princeton University Press, 1993 (voir ici). Ces modèles rassemblent un certain nombre d'idées différentes dans le but de les rapiécer ensemble, et dans ce mélange se trouvent de nombreuses conjectures sans lesquelles le modèle ne peut tenir. Cependant, la manière dont cela est présenté au public, par la presse, les magazines de vulgarisation scientifique et les médias numériques, donne au public l'impression que ces gens sont dans la certitude du savoir — alors que cela revient en réalité à de la pure conjecture ! Leur réalité a été justement décrite : (إِن يَتَّبِعُونَ إِلاَّ الظَّنَّ وَإِنْ هُمْ إِلاَّ يَخْرُصُونَ), « Ils ne font que conjecturer (émettre des opinions) et ils ne font que supposer » (6:116), et Il a dit (ذَلِكَ مَبْلَغُهُم مِّنَ الْعِلْمِ), « Voilà toute l'étendue de leur savoir » (53:30). Il est alors fort regrettable que des apologistes musulmans adhèrent à ces conjectures et commencent à les intégrer dans leur activité apologétique dans la da'wah. Parmi eux, Hamza Tzortzis [l'argument du kalaam] et Zakir Naik [l'exagération dans le miracle « scientifique », qui exige la déformation des sens des versets coraniques], et d'autres.
En réalité, nous avons donc affaire à une conjecture (dhann) [l'affirmation préalable du matérialisme sous la forme : « la matière se crée elle-même et s'organise sans qu'aucun savoir, aucune volonté ni aucune puissance extérieurs n'interviennent »] qui tente de combattre une vérité évidente (bayyinah) [un raisonnement simple et axiomatique : « des signes évidents de savoir, de volonté et de puissance interviennent dans la conception de l'univers et des organismes vivants »]. Cependant, le caractère conjectural des sciences des non-musulmans dans certains domaines n'est pas immédiatement apparent, car les aspects conjecturaux ne sont ni révélés ni facilement divulgués, pas plus que nombre des présupposés cachés nécessaires pour que les modèles ou les théories paraissent scientifiques et prouvés. En fait, beaucoup de ceux qui sont athées sont eux-mêmes dupés et trompés, et pensent à tort qu'il y a de la certitude dans ces sciences, et c'est ce qui les conduit sur la voie de l'athéisme. Bien que beaucoup d'entre eux soient trompés, beaucoup d'autres choisissent cette voie non par pure raison, mais en suivant leurs passions ou par arrogance.
Le raisonnement d'un athée
L'introduction ci-dessus nous amène maintenant à la citation principale de cet article, qui est de Shaykh al-Islam Ibn Taymiyyah, qui a dit :
« Et si le propos est tenu avec celui qui rejette que l'univers ait un auteur, tels les Naturalistes (matérialistes), alors la réponse qui lui est faite est plus évidente encore. Car on lui dit :
Ô imbécile ! Si tu as jugé admissible que l'ensemble de l'univers soit venu à exister sans auteur et sans matière (préalable), comment alors pourrait-il être impossible qu'une partie seulement de celui-ci vienne à exister sans matière (préalable), alors même qu'elle vient (à exister) par le biais d'un artisan ?
Et il est connu que la première (proposition) est plus éloignée de la raison ; elle est même impossible pour la raison, contrairement à la seconde (proposition). Car (pour) tous ces événements observés (des choses qui viennent à exister autour de nous), s'il dit : "Ce sont les (divers) éléments de la matière qui les ont fait exister", alors il a affirmé un agent, un auteur, une cause sans matière (préalable) [autrement dit, la matière se crée et s'organise elle-même]. Et s'il dit : "Ils ont une cause, un agent autre que la matière (elle-même)", alors il a affirmé un agent, une cause (qui les crée à partir de la matière), et c'est là l'affirmation d'un artisan. Il lui est donc obligatoire d'affirmer cela, et il devient alors du second type. Ainsi, ce vers quoi il a fui est pire, à tout point de vue, que ce qu'il a fui. Et tel est l'état des gens du faux : jamais ils ne rejettent la vérité à cause d'un doute (qu'ils nourrissent) sans que cela ne leur impose quelque chose d'encore plus grave. » Mas'alah Huduth al-Aalam, Dar al-Bashaa'ir, 1432H, (p. 62)
Remarques
01. L'athée fuit ce qui est inné, intuitif, évident et prouvé par la totalité de l'activité humaine (universitaire, scientifique, industrielle, technologique), à savoir que ce qui est conçu et finalisé a nécessairement un concepteur et un créateur (par un simple raisonnement axiomatique) ; et en fuyant ce qui est évident (en le rejetant à cause d'un doute), il fuit vers quelque chose d'encore plus grave (que ce qu'il croyait au sujet de ce qu'il a fui). Puis il feint la certitude au moyen de sa prétendue science, qui n'est pas une science empirique mais une science conjecturale (bâtie sur des présupposés et des conjectures), et l'ensemble de cette activité est fondé sur une définition truquée de la science (voir ici), rendue nécessaire par l'affirmation (croyance) préalable que le naturalisme est la seule vérité acceptable ! Ibn Taymiyyah fait la simple observation que si l'athée peut accepter, au prix de quelque effort d'imagination que ce soit, que l'univers entier puisse venir à exister sans auteur et sans aucune matière préalable, comment peut-il alors juger impossible ou inadmissible que l'univers vienne à exister (avec ou sans matière préalable) par le biais d'un auteur ? Comment pouvez-vous admettre ce qui est improbable et nier ce qui est raisonnable dans l'expérience et la connaissance innée de toute l'humanité ? Ainsi, vous voyez (et vous riez de) athées arrogants comme Lawrence Krauss et Peter Atkins qui tentent de soutenir que l'univers peut venir de rien (parce que la somme des charges positives et négatives est égale à zéro, et que l'univers se serait simplement scindé, à partir de rien, en charges positives et négatives). C'est du désespoir et un abus de l'intellect, c'est de la malhonnêteté et de l'arrogance.
02. Le lecteur doit aussi savoir que le plus haut niveau de raisonnement se fait par les vérités évidentes (bayyinaat), et c'est ce avec quoi le Qur'aan est venu. Les musulmans doivent se méfier a) des ignorants, b) des pseudo-intellectuels qui utilisent le type le plus faible d'arguments abstraits (par exemple les arguments du kalaam, etc., qui sont de toute façon défectueux), ayant été affectés par le bagage conceptuel des non-musulmans et des musulmans qui en ont été empoisonnés, ou c) des bavards confus qui se mettent à croire aux modèles que présentent les non-musulmans, qu'il s'agisse du modèle du Big Bang ou de la synthèse moderne (dans le cas de l'évolution). Nous visons ici des gens comme Zakir Naik (voir ici), Hamza Tzortzis (voir ici) et aussi Yasir Qadhi (davantage sur lui et sa position sur l'évolution plus tard, inshaa'Allaah).
03. Nous répétons ce qui a été mentionné ailleurs : considérez les remarques intéressantes suivantes de Del Ratzsch (philosophe des sciences), dans un entretien de 2006, qui décrivent une réalité que les textes islamiques caractérisent par le mot « fitrah » (disposition innée) : « De plus, étant donné le rôle de la théologie dans l'essor de la science elle-même, et étant donné que le cosmos que la science présuppose a une saveur de création (ordonné, régi par des lois, élégant, intelligible, cohérent, unifié — comme on pourrait raisonnablement s'y attendre d'une création délibérément conçue), il se peut que la science elle-même soit un dividende de la conception... Quoi qu'il en soit, les théories de la conception pourraient s'emboîter conceptuellement dans ces fondements en forme de conception de façon plus élégante que les théories non fondées sur la conception ou opposées à elle. Selon la conception reidienne, nous avons des facultés innées qui génèrent simplement de telles croyances (tant des principes généraux que des éléments particuliers) en nous, et si ces facultés fonctionnent correctement et dans des circonstances appropriées, les croyances produites sont rationnellement légitimes pour nous. Reid a répertorié divers domaines de croyance dans lesquels de telles dispositions productrices de croyances opèrent — encore une fois, le passé, les autres esprits, le monde extérieur, ainsi que les principes moraux de base, les principes et processus de la raison, l'acceptation du témoignage d'autrui, l'esthétique et, ce qui nous intéresse ici, la conception dans la nature, qui, par une inférence très courte, conduisait à des conclusions sur un esprit concepteur. L'idée de base de Reid était que nous reconnaissons perceptivement (et immédiatement, bien que souvent implicitement) les marques de la conception, et que de cette reconnaissance au fait que la chose en question est conçue et à l'existence d'un agent concepteur, il n'y a qu'un court pas (inférentiel). Parmi les marques que cite Reid figuraient l'agencement ingénieux, l'ordre, l'organisation, l'intention, la finalité, la régularité, la beauté et l'adaptation.... La science exige une batterie de présupposés, et ces présupposés ne sont pas des résultats directs de la science — ce sont des matériaux structurels conceptuels dont la science elle-même dépend et sans lesquels il n'y aurait pas de science. Ainsi, si nous sommes rationnellement justifiés à accepter la science, alors nous devons être rationnellement justifiés à accepter ces présupposés fondamentaux. Mais n'étant pas des résultats de la science, leur justification rationnelle ne peut reposer sur la science, mais doit se trouver au-delà de la science. Ainsi, si nous tenons la science et ses résultats pour rationnellement justifiés, la science n'est pas la seule source de justification rationnelle. Il doit alors manifestement y avoir une source plus profonde de justification rationnelle. Historiquement, la religion a joué un rôle important ici. Mais le point présent est que même si l'induction empirique habituelle comblant les lacunes fonctionnait parfaitement, l'histoire — même celle de la légitimité rationnelle propre de la science — n'est pas complète, et peut exiger des idées de conception à un niveau plus profond... toute séparation simple et nette entre science et religion ne reflète pas nos architectures cognitives et neurologiques ; il existe des interconnexions profondes entre ce que nous considérons comme des croyances scientifiques et religieuses, et les thèses selon lesquelles les deux seraient en conflit mortel — qui échouent déjà historiquement et philosophiquement — échouent aussi au niveau encore plus profond des structures neuronales qui donnent naissance à notre cognition même. Certaines des interconnexions profondes entre science et religion remontent, je pense, en fin de compte philosophiquement à la structure créée du cosmos lui-même, mais aussi au fait que les apports des structures et systèmes neurologiques habituellement associés à la science — par exemple la raison — et ceux habituellement associés à la religion — par exemple l'émotion — ne sont pas des systèmes complètement séparés ou séparables. Il existe des preuves croissantes, et qui ne sont même plus controversées, que la raison elle-même ne fonctionne pas correctement en l'absence de systèmes neuronaux émotionnels fonctionnant correctement, et que dans certains cas les structures elles-mêmes, ainsi que leurs entrées et sorties, sont intégrées — fusionnées — avant même que nous y ayons un accès conscient. » Fin de la citation de Ratzsch. Vous devriez relire cette citation, très attentivement ! Et notez les points suivants :
a) La recherche scientifique (observation et inférence) doit présupposer la conception, l'ordre et la finalité, sinon elle ne peut tout simplement pas avoir lieu et ne peut pas rechercher les causes, b) L'entreprise scientifique est donc en réalité une conséquence de la conception, de l'ordre et de la finalité, c) Des facultés innées génèrent ces croyances (en la conception, l'ordre et la finalité) et ces croyances sont rationnellement légitimes, d) Les marques de la conception sont reconnues perceptivement et implicitement (de manière innée), et le pas inférentiel vers un concepteur est minime, inné et naturel, e) Ces marques comprennent l'agencement ingénieux, l'ordre, l'organisation, l'intention, la finalité, la régularité, la beauté et l'adaptation, f) Cette justification rationnelle est en réalité la source de la justification rationnelle de la science et de la méthode scientifique, g) Il n'est donc pas possible de séparer les croyances innées (religieuses) sur l'univers de la recherche scientifique. C'est précisément pourquoi vous voyez des athées comme Dawkins incapables d'échapper au langage téléologique, et souffrir ensuite des illusions et des délires que nous développerons dans un article séparé.
Reportez-vous à cet article : « Humans May Be Primed to Believe in Creation » (voir ici).
04. Ibn Taymiyyah a dit : « Le fondement de base de la connaissance d'un artisan est inné et nécessaire. Il est plus profondément enraciné dans les âmes que les connaissances élémentaires de mathématiques, comme notre parole "un est la moitié de deux", et que les connaissances élémentaires de la réalité naturelle, comme notre parole "un corps ne peut pas être en deux endroits en même temps". » (Majmu' al-Fatawa 2/15-16), et aussi : « Il (Allaah) a rendu les dispositions innées de Ses serviteurs préparées (avec la capacité) à connaître et à percevoir les réalités ; et s'il n'y avait pas eu une telle préparation dans les cœurs à connaître les réalités, il n'y aurait eu ni observation et inférence, ni (aucune) parole et discours (à ce sujet). » (Dar al-Ta'arud 5/62). Cette seconde déclaration indique que les sciences rationnelles et la méthode scientifique (observation et inférence), ainsi que le fait d'en rendre compte par la parole et le discours, n'auraient pas été possibles si les facultés n'avaient pas été prédisposées à percevoir les réalités sur la base d'une conviction fondamentale profondément enracinée qu'il y a loi, ordre, régularité et uniformité dans l'univers par la conception et la finalité. C'est précisément cette conviction, que la vie et l'univers sont conçus et rationnellement étudiables, qui donne naissance à la science ; autrement dit, « il se peut que la science elle-même soit un dividende de la conception », pour reprendre les mots de Ratzsch cités plus haut.
05. Résumé : La croyance en un créateur est innée (fitriyy), nécessaire (dhurooriyy), et les Livres révélés et les Messagers envoyés en ont appelé avant tout à cette reconnaissance innée. L'athée tente de combattre la disposition innée, la perception sensorielle et le raisonnement sain au moyen de conjectures déguisées et voilées en certitudes. Ils n'ont pas de certitudes, et ils savent pertinemment qu'ils opèrent sur des conjectures. Ce qui se passe réellement dans les discussions sur la création, un créateur, etc., ce sont des tentatives de saper une vérité évidente par de pures conjectures. À moins d'être averti du caractère conjectural des affirmations scientifiques avancées, on peut être entraîné dans des discussions stériles et se faire facilement duper par des athées qui affichent un degré de certitude qu'ils n'ont pas réellement ; c'est plutôt un semblant de certitude. Au fond, beaucoup d'entre eux le savent (comme Richard Dawkins), et ils admettent en réalité qu'il est très difficile de réfuter l'argument de la conception, et que la seule façon de s'y attaquer est de proposer une alternative. C'est à peu près ce qu'admet Richard Dawkins dans « The God Delusion ». L'alternative est donc l'évolution darwinienne, et l'argument est que, puisque nous avons fourni une alternative, l'argument de la conception n'est plus nécessaire. La discussion de ce point dépasse le cadre de cet article et sera traitée ailleurs.
Écrit par Abu Iyaad (25/10/2013 de l'ère commune).