Les bases

Comprendre les deux définitions de la « science » à l'œuvre

Traduction : La louange est à Allāh, Seigneur des mondes, et que la prière et le salut soient sur le Messager d'Allāh. Ceci dit :

Il existe deux définitions de la science qui sont à l'œuvre.

La première définition de la science est « l'observation, la théorisation, l'expérimentation, la collecte de données, et la formulation d'inférences et d'explications avec impartialité ». C'est une définition courante de la science (mais pas la seule), et le processus qu'elle représente est celui grâce auquel, dans un contexte moderne, nous acquérons une compréhension du monde matériel qui nous permet de produire des voitures, des machines à laver, des avions, des médicaments, etc. ; il comprend l'étude des causes et des effets et des propriétés particulières des choses. Cette « méthode scientifique » a été appliquée et mise à profit pour permettre que les intérêts bénéfiques de l'humanité soient réalisés et préservés, par une compréhension progressive du système de causes et d'effets interconnectés. La première définition de la science présuppose et affirme l'ordre, la régularité et la rationalité dans l'univers. La disposition naturelle des humains est empreinte de cette affirmation. (Lisez « Humans May Be Primed to Believe in Creation », voir ici.)

La seconde définition est « l'explication de tous les phénomènes uniquement par des causes naturelles et matérialistes ». Il s'agit en réalité d'une affirmation philosophique, à savoir que seules les causes naturelles existent (parce que l'univers est considéré comme un système fermé de causes et d'effets matériels, sans influence extérieure). Fournir des explications matérielles (des causes et des effets) dans l'étude du monde ne pose pas vraiment de problème et n'entre pas en conflit avec la compréhension islamique du fonctionnement de l'univers ou de la vie, puisque l'affirmation des voies et moyens, des causes et des effets, et des propriétés inhérentes aux choses, qui constituent ensemble les « causes naturelles », est établie dans les textes révélés et fait l'objet d'un accord de la majorité des musulmans (voir ici et ici). Jusqu'ici, donc, nous pouvons accepter de telles explications matérialistes. Ce n'est même pas un sujet de désaccord. Cependant, la véritable intention derrière cette seconde définition de la science va au-delà de ce que nous venons de mentionner. Il s'agit d'attribuer à la nature (la loi physique et les événements aléatoires agissant sur la matière) une illusion de dessein que nous observerions prétendument lorsque nous explorons et étudions la vie et l'univers, puis de considérer cela comme la seule « explication rationnelle » qui doive sous-tendre toute recherche scientifique. De là naissent l'« horloger aveugle » et la « montagne de l'improbable » de Dawkins, et le « néant » de Hawking (qui est en réalité « une loi de la gravité ») à partir duquel « l'univers peut se créer et se créera lui-même », etc., où l'on s'éloigne de la science empirique pour passer à la « croyance métaphysique ». Ces explications naissent de l'engagement préalable envers le naturalisme, dissimulé dans cette seconde définition de la science, et sont exigées par lui.

Les explications matérialistes des phénomènes n'entrent pas en conflit avec la croyance islamique orthodoxe, puisque les musulmans sunnites orthodoxes (contrairement aux sectes hétérodoxes comme les Ash'aris) affirment les causes et les effets et les propriétés inhérentes aux choses. Au fondement de cette question se trouve la discussion d'un sujet théologique connu sous le nom de (الحكمة والتعليل), la question de la sagesse, du but, de la causalité et de la justification, à la fois dans la nature (الكون) et dans la loi (الشرع). Nous développerons cela plus en détail dans des articles séparés, mais il faut comprendre ici, contrairement à ce que supposent les naturalistes, qu'il n'y a aucun conflit entre les explications matérialistes et naturalistes des phénomènes et la croyance islamique. En effet, l'affirmation des causes, de leurs effets et des propriétés inhérentes aux choses est une question de croyance fondamentale pour les musulmans sunnites orthodoxes. La vraie question est de savoir si l'étude d'un univers dans lequel se trouvent des causes et des effets interconnectés et des entités dotées de propriétés inhérentes uniques (et donc des descriptions et des explications matérialistes de ce qui est observé) exclut logiquement et rationnellement l'existence d'une puissance créatrice qui se trouve en dehors de lui et qui en est responsable. Et la réponse est non. Quiconque prétend que oui, c'est sa philosophie qui parle et non la science, puisque l'affirmation des causes naturelles n'élimine pas la question de savoir comment ces causes sont venues à l'existence et opèrent d'une manière régie par des lois.

Une difficulté supplémentaire pour les naturalistes est que, s'ils s'en tiennent strictement à cette seconde définition de la science, ils ne peuvent pas tirer de conclusions hors de leur domaine ni formuler d'affirmations métaphysiques telles que « Dieu n'existe pas ». Cela démontrerait leur contradiction et leur hypocrisie. En effet, les naturalistes ont affirmé que toutes les causes (pour expliquer les phénomènes naturels) doivent être purement naturalistes et expliquées localement (on ne peut pas avoir un agent agissant de loin sur des causes locales), et qu'il ne peut y avoir de fins ultimes (objectives), c'est-à-dire de buts derrière les causes ainsi identifiées et étudiées. Pourtant, la somme de l'expérience humaine prouve qu'il y a assurément un but, une raison et une sagesse dans ce que nous observons (comme dans les nuages, les vents, la pluie, l'alternance de la nuit et du jour, et toutes les autres voies et moyens interconnectés), de même que la somme de l'entreprise industrielle et technologique humaine prouve un but, une raison et une sagesse dans les objets fabriqués (machines à laver, voitures, avions) qui en résultent. Cependant, le but de cette (seconde) définition est d'éviter les discussions sur les origines et les fins ultimes des systèmes de cause à effet, et de se concentrer uniquement sur une description matérielle du système de cause à effet lui-même. Tant que vos conclusions restent dans les limites de ce que permet ce domaine d'activité ainsi défini, il n'y a en réalité aucun problème avec cette définition. Mais, comme nous l'avons dit, les athées et les naturalistes ont une religion à défendre ; c'est pourquoi ils chargent cette seconde définition de la science de leurs croyances métaphysiques et religieuses, et font preuve de la plus grande hypocrisie, de la plus grande contradiction et de la plus grande déficience intellectuelle lorsqu'ils disent : « il n'y a aucune preuve de Dieu dans le monde naturel ». J'espère vraiment que vous venez de saisir le point de la dernière phrase, et que vous remarquez comment ils construisent un argument contre un créateur sur une simple définition et un jeu de mots, et non par la science réelle (telle que définie de la première manière).

L'intention, en mentionnant cela — et c'est une chose à toujours garder à l'esprit —, est que, lorsque ces athées matérialistes se réclament de la science et de l'adhésion à la méthode scientifique, nous devons faire cette distinction afin de comprendre clairement la réalité de leur point de départ, et de ne pas être dupés par leur prétention de suivre la méthode scientifique lorsqu'il s'agit de l'origine de l'univers et de l'origine de la vie. Au contraire, ils ont une croyance préalable dans le naturalisme, s'en servent pour générer des théories, puis tentent d'utiliser la méthode scientifique pour valider ces théories, au lieu d'utiliser la méthode scientifique en partant d'une page blanche pour aboutir à des conclusions impartiales. Considérez ceci : l'utilisation de la méthode scientifique (la première définition) établit empiriquement, selon eux, que l'univers a eu un commencement. Soyez attentif ici : cela, ils le savent par la première définition de la science. Mais l'engagement préalable envers le naturalisme impose des théories qui tentent de saper cette vision et ses implications. C'est ce que tentent de faire les scientifiques et les philosophes athées, et ils doivent avancer des récits que leur dicte leur naturalisme : des récits d'univers oscillants, de multivers, d'auto-création, etc., pour rendre cet univers insignifiant ou éternel. Nous avons ici la seconde définition de la science à l'œuvre, et l'on nous trompe en nous faisant croire que c'est là la « vraie science », alors qu'en réalité, ce n'est qu'une porte dérobée permettant à une croyance métaphysique naturaliste de trafiquer la science dure réelle, qui, à leurs yeux, a établi une chose qui trouble les athées. En même temps, ces croyances naturalistes qu'ils proposent ne peuvent pas être considérées comme scientifiques selon la première définition de la science, puisqu'ils ne peuvent pas soumettre directement les éléments centraux de ces croyances métaphysiques à la méthode scientifique selon cette définition. On peut dire la même chose des origines de la vie, et cela peut être illustré séparément dans d'autres articles. L'essentiel ici est de comprendre comment les choses fonctionnent. Ce n'est là qu'un élément parmi beaucoup d'autres qu'il faut comprendre pour déconstruire la religion naturaliste qui se pavane sous les traits d'une recherche scientifique objective. Concernant les causes naturelles, il est important de comprendre que les musulmans les affirment et qu'elles ne posent aucun problème ; référez-vous à ces deux articles pour en savoir plus sur le sujet : Ibn Taymiyyah on the Affirmation of Natural (Material) Causes and the creed of the Naturalists (voir ici) et Ibn Al-Qayyim on the Affirmation of Material Causes, Forces, and Inherent Properties of Things (voir ici).

Écrit par Abū ʿIyād le 23/12/1434H (28/10/2013CE)